http://www.youtube.com/watch?v=kGxAibsSzoU

La boxe présente habituellement des caractéristiques à la fois majestueuses et mélodramatiques, voire tragiques (Marqué par la haine - 1956, Rocky - 1976, Raging Bull - 1980, Million Dollar baby - 2004…) Toutefois, ce sport est également propice à une représentation plus burlesque. Charles Chaplin en a exploité le comique de situation, où un match de boxe devient une succession de gags. The Champion (1915) est un court-métrage entièrement consacré à ce sport. Charlot, le « tramp » (vagabond) trouve en la participation à un match de boxe la possibilité de gagner le cœur d’Edna, mais aussi un peu d’argent pour survivre. L’œuvre s’ouvre sur l’intertitre : « Completely broke. Meditating on the ingratitude of humanity. »

Le personnage faussement maladroit est plein de bonté, comme le montre son attitude envers le chien affamé. La sensibilité et la vulnérabilité de Charlot sont celles d’un enfant. Peiné de voir un concurrent se sentir mal après avoir été roué de coups, il le cajole dans ses bras, attendant lui-même son tour. Cependant, Charlot n’en demeure pas moins rusé, et cache un fer à cheval dans son gant de boxe. Sa sélection est immédiate et clôture la première partie du film.

La seconde partie est consacrée à son entrainement en vue du match de boxe. C’est certainement la partie la plus riche en rebondissements dramatiques et comiques. Avec son survêtement de sport qui ressemble davantage à un costume de bagnard, il entame l’entrainement de façon peu orthodoxe. En effet, celui-ci est fréquemment ponctué de pauses où Charlot boit son bidon grossièrement bariolé des lettres BEER (bière en français). Parallèlement, il tente d’épater Edna, la fille de son entraîneur. Il subit également une proposition de corruption de la part de l’entraîneur de son rival.

Suite à sa préparation physique, Charlot entre sur le ring muni d’une ceinture blanche afin d’affronter son adversaire. Avec un style, certes, plus défensif qu’offensif dans un premier temps, il réussit à faire traîner le match. Comme par instinct de survie, il se jette dans les bras de son adversaire, qui, décontenancé, n’arrive plus à le battre. L’arbitre l’aide en le maintenant par la ceinture. Finalement, les honneurs reviendront au chien du début qui sauve Charlot. Avec l’intertitre « To the winner. The reward », Charlot embrasse malicieusement sa dulcinée. La troisième partie paraît la plus faible en comparaison avec les deux précédentes dont les gags et l’intensité dramatique allaient crescendo. En 1931, dans City Lights, Charles Chaplin reprend précisément l’idée d’une scène de boxe, mais avec cette fois-ci une maîtrise technique et une rythmique humoristique exemplaire. Il intègre même quelques éléments de catch.

Comme la plupart des « Charlots », ce court-métrage est à la fois enfantin et osé, innocent et provocateur, tendre et cruel.