La musique et le sport sont deux thèmes moteurs tout au long du film, et, conséquemment, nourrissent la vie du personnage principal. Celui-ci se construit de ces deux éléments, sans lesquels sa vie aurait été routinière. Il vit la succession de péripéties qui ponctuent sa vie hors du commun à la fois nonchalamment et intensément.

La course à pied est le premier sport qu’il découvre par un concours de circonstances. C’est sa vitesse qui lui permet d’intégrer l’équipe de football « All-American ». C’est son endurance qui le fait entrer dans la légende, avec un marathon improvisé sur un coup de tête. Quant au tennis de table, il découvre cette vocation à l’hôpital. Son entrée dans chacun des sports se fait par hasard. Au départ, la découverte de son talent est initiée par une fuite : il se met à courir le plus vite possible pour échapper aux garçons qui le provoquent et il se met à courir suite à sa rupture avec Jenny, son endurance le menant de rue en rue, de ville en ville à travers les Etats-Unis pendant trois ans. La notion de jeu lui est inexistante et incohérente. Le geste, sa répétition et / ou sa précision sont ses seuls intérêts. La performance ne l’intéresse que dans la continuité de l’action et non dans la compétition.

Forrest Gump pourrait quasiment être qualifié de film historique, si les faits n’étaient pas biaisés pour mieux mettre en valeur le destin extraordinaire du personnage principal. C’est pourquoi le sport est ici synecdoque de la culture américaine. Alors que Forrest Gump n’a pas conscience de son talent et ne sait en faire aucune utilisation à des fins compétitrices, il est amené, par les autres, la société, à orienter son potentiel vers un objectif, un dessein. Par exemple, Forrest Gump se passionne pour le ping-pong. Il s’entraine pendant des heures seul, sans partenaire ni adversaire, à envoyer la balle au même endroit. Puis, on l’amène à s’orienter vers la compétition, et il finit par représenter les Etats-Unis en opposition à la Chine dans le cadre de la diplomatie du ping-pong des années 1970. Il y a une véritable volonté de structuration de son trouble autistique, et le film est une perpétuelle réorientation de l’individu vers le collectif, de la pérégrination itérative vers le rendement exhaustif. A la fin de sa longue course à travers les Etats-Unis, les nombreuses personnes l’ayant suivi sont médusées lorsqu’ils découvrent que Forrest Gump ne courait pas pour une grande cause ; ils ne comprennent pas l’intérêt de courir sans intérêt.