Tant le titre que l’image d’ouverture sont révélateurs du message final : « match point » (balle de match) peut tout faire basculer – vers la victoire comme la défaite - tandis que le film s’ouvre sur une balle au-dessus du filet, comme une pièce jetée à pile-ou-face. Que ce soit dans la vie ou dans le sport, le travail ne suffit pas toujours : la chance, à tout le moins un concours de circonstances heureux et plus ou moins provoqué, est une précieuse aide. Ce sont souvent les ambitieux qui comptent sur cette alliée de dernière minute, alors que les plus modestes n’y croiront plus. Les premiers n’ont que peu de remords, ce qui semble d’autant plus attirer la chance.  

Woody Allen se sert du tennis pour déployer son message sur les tours facétieux de la vie. Le jeu s’immisce dans la vie du personnage principal jusqu’à ce qu’il prenne une tournure dramatique, comme une partie ou un match qui tourne mal, lorsque le désespoir ne peut être relayé que par un coup de chance salutaire. Dans le film, le tennis est important de par la fonction symbolique qu’il représente. A l’instar du golf ou de l’équitation, le tennis est toujours considéré comme une activité régie par des codes vestimentaires et comportementaux que la classe aisée intègre parfaitement.

Le choix de ce sport est le premier signe annonciateur de l’ascension sociale de Chris Wilton. Il est devenu professeur de tennis, il se cultive et ce dans le but d’intégrer le monde qu’il convoite. Cependant, pour y arriver, il doit composer avec les aléas de la vie et jouer à un double-jeu sur le terrain (enseignement avec prévenance pour Chloé, provocation pour Nola) et dans sa propre vie. Un bras de fer psychologique peut être observé entre sa volonté quasi-pathologique de vouloir maitriser puis construire méthodiquement sa carrière et les multiples revirements malchanceux qui entravent sa quête. C’est finalement sur une chance inespérée que son ascension s’achève…